Du rififi dans la bûche de Noël, version 2020.

Journaliste culinaire co-autrice de l’ouvrage « Design culinaire » avec Stéphane Bureaux, Céclie Cau est très active sur son blog So Food So Good. Elle a entre-autres écrit plusieurs articles sur la problématique des droits d’auteurs dans les bûches de Noël, sujet qui nous intéresse aujourd’hui.

En 2012, le centre de table de Jean-Paul Hevin avait un air de famille très appuyé avec le « Bloc allumettes » de Franck Fontana (Design Pyrénées, 2005).

Cette année encore, le sujet semble revenir sur la table des festivités.

On nous raconte que pour sa création de bûche 2020 pour le Prince de Galles Paris, le Chef Pâtissier Tristan Rousselet a fait appel à ses souvenirs d’enfance, “quand il retrouvait au petit matin les bûches de bois consumées dans l’âtre de la cheminée”. Jolie histoire… Le communiqué de presse précise “Parfaite imitation, la bûche est réalisée avec un flocage au charbon végétal et une mousse de sucre noir”

Jeu de langage, j’y vois surtout une imitation un peu trop parfaite de son inspiration de départ : les tables basses en bois brûle BASALT, désignées par Normal Studio (2014).

Impossible de nier l’inspiration et la ressemblance, tant elle est frappante.

Pour l’anecdote. Déjà, en 2017, j’avais mis en avant le projet BASALT dans mon premier cahier d’inspirations culinaires pour l’Automne-Hiver 2018-19.

J’y voyais un point de départ parfait pour une bûche de Noël, comme on peut le voir sur cette image qui est apparue sur mon site internet entre 2017 et 2020.

Quand certains chefs à qui je propose mes cahiers me disent : « tout le monde va faire la même chose », je suis obligée d’expliquer que le rôle de ces outils n’est pas d’extraire une image et de la reproduire. Plus de 700 photos référencées par ouvrage permettent d’aller plus loin que le visuel de départ. Les images sont mises en relations les unes avec les autres avec sens pour que le cerveau passe outre la tentation de reproduire une seule inspiration puisqu’il est naturellement mis dans un état de créativité dans lequel de nouvelles idées propres à chacun émergent. Ces nouvelles idées sont encore plus séduisantes car elles relèvent de la créativité pure, inédite, jamais vue.

On s’inspire tous de choses que l’on a croisées un jour quelque part.

C’est le propre de la création : rien ne se créé, tout se transforme.
Le secret est bien dans cette phrase : la transformation. Et non l’appropriation d’une forme en la faisant simplement passer d’un domaine à l’autre.

Pour créer, il faut approfondir les recherches. Ne pas s’arrêter sur la première image venue. Par associations de textures, de formes, de concepts, l’esprit se met en route pour faire émerger des idées nouvelles à partir d’un point de départ. Chacun conçoit alors sa propre histoire en allant bien au-delà d’un simple storytelling. Si tout le monde tombe sur la même photo et ne la transforme quasiment pas – en plus du jeu des 7 erreurs avec l’objet d’inspiration détourné en objet culinaire – le plus grand risque est encore de se retrouver avec la même bûche que le voisin !

Cécile Cau avait aussi cité la bûche du Mandarin Oriental 2012 comme une troublante ressemblance avec celle de Marc Bretillot en 2004.

À mon sens, entre ces 2 là, on peut encore dire qu’un fagot reste un fagot. Sur la thématique du bois, chacun peut faire le lien entre une bûche et un fagot. Entre ces deux propositions il y a malgré tout une interprétation visuelle et plastique personnelle à partir d’un même point de départ, plus conceptuel que formel.

À travers cet exemple, on est déjà moins dans une « parfaite imitation » mais plutôt dans une inspiration littéraire autour du champ sémantique du bois et de la bûche.

Pour conclure, sans changer la phrase de contexte puisque nous sommes 8 ans plus tard dans la continuité du débat, je citerai Cécile Cau : “le copyright n’existe pas dans la cuisine. Reste alors l’honnêteté.”

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